Les versets d’Apocalypse 21, 22-23 nous transportent au terme ultime de l’histoire humaine, dans la vision de la Nouvelle Jérusalem, lieu d’accomplissement des promesses divines. Dans cette cité, aucun sanctuaire n’est visible, car Dieu lui-même en est la présence totale, et l’Agneau en est la lampe. La ville n’a plus besoin du soleil ni de la lune : la nuit a disparu pour toujours, remplacée par la gloire de Dieu qui éclaire toute chose. Ce tableau eschatologique révèle l’aboutissement du dessein divin : l’humanité réconciliée demeure éternellement dans la Lumière.
Cette Lumière finale trouve son origine dès les premiers mots de l’Écriture. En Genèse 1, Dieu dit : « Que la lumière soit », et la lumière advient avant même la création des astres. Cette chronologie invite à distinguer la lumière première d’une simple réalité physique. Elle apparaît plutôt comme une manifestation primordiale, révélée face au chaos, porteuse d’ordre, de vie et de sens. Plusieurs grands théologiens de l’Église ont reconnu dans cette lumière originelle une réalité spirituelle profonde. Origène y voit la lumière intelligible, le Christ lui-même ; Augustin la comprend comme la sagesse divine, émanant du Verbe ; Athanase affirme que le Père crée toutes choses par le Fils, sa Lumière éternelle.
Cette lecture christologique trouve son fondement ultime dans le prologue de l’Évangile de Jean : « Au commencement était la Parole… en elle était la vie, et la vie était la lumière des humains. » Ainsi, la lumière de la création ne peut être dissociée du Verbe éternel. Elle éclaire l’univers, mais aussi l’humanité, révélant que toute vie, toute compréhension et toute espérance procèdent du Christ.
Cette Lumière divine continue d’agir dans nos existences. Dieu parle au cœur des ténèbres avant de transformer les situations ; sa lumière précède les solutions et ouvre le discernement. Elle sépare sans condamner, permettant de nommer le péché sans confondre l’identité avec la faute. Elle rend la vie possible là où tout semblait figé, ouvrant un avenir nouveau sans nier le passé.
Enfin, cette Lumière a un nom : Jésus-Christ. Il ne se contente pas de la décrire ; il déclare : « Je suis la lumière du monde. » De la Genèse à l’Apocalypse, un même fil lumineux traverse l’Écriture : le Christ, Lumière véritable, donnée pour éclairer le monde aujourd’hui et conduire les rachetés vers la clarté éternelle du Royaume.
Robert Héris